Campylobacter provoque la maladie d'origine alimentaire la plus souvent signalée dans l'Union européenne, et la volaille crue est sa principale porte d'entrée dans une cuisine. Cette bactérie ne se multiplie pas dans les aliments : elle passe d'une cuisse de poulet à une planche, puis à une salade. Cette fiche montre où se font ces transferts au restaurant et comment les couper.

L'essentiel
Campylobacter jejuni et, dans une moindre mesure, Campylobacter coli causent la très grande majorité des campylobactérioses d'origine alimentaire. Les oiseaux, sauvages comme domestiques, sont leurs principaux réservoirs. Les bovins, les porcs, les petits ruminants, les chiens et les chats peuvent aussi en porter.
Chez l'animal, le portage est intestinal et peut atteindre 100 millions de bactéries par gramme, selon l'Anses. Les volailles ne sont pas malades pour autant : ces deux espèces sont peu ou pas pathogènes pour les animaux d'élevage. La viande en garde la trace. Lors d'une étude européenne menée en 2008 dans les abattoirs, l'EFSA a trouvé Campylobacter sur 75,8 % des carcasses de poulets de chair en moyenne.
Santé publique France cite aussi la viande de porc et de bœuf insuffisamment cuite, le lait non pasteurisé, les eaux non traitées et le contact avec des animaux infectés.
Santé publique France estime à 493 000 le nombre annuel moyen de cas symptomatiques en France, dont 392 000 liés à l'alimentation, d'après une étude portant sur 2008 à 2013. Campylobacter représente 26 % des infections d'origine alimentaire du pays. La plupart des cas sont isolés.
Les cas sont plus nombreux en été, notamment chez les moins de 10 ans. À l'échelle européenne, l'EFSA juge probable que la manipulation, la préparation et la consommation de viande de poulet expliquent 20 à 30 % des cas humains. Le réservoir que forment les poulets dans leur ensemble pourrait en expliquer 50 à 80 %.
Deux caractéristiques expliquent son mode de transmission. D'abord, Campylobacter ne se multiplie pas dans les aliments : il ne « pousse » pas dans un plat oublié. Ensuite, les données disponibles laissent penser, selon l'Anses, qu'une faible dose, de l'ordre de quelques dizaines de bactéries, peut suffire à provoquer la maladie. Le risque vient donc du transfert, même minime, de la volaille crue vers un aliment qui ne sera plus cuit.
On parle de contamination croisée quand la bactérie quitte le cru pour une salade, un pain, une sauce froide ou une viande déjà cuite. Santé publique France note que ce passage est fréquent, au stockage comme à la préparation, par les mains, les planches à découper et les couteaux. L'Anses classe ces transferts parmi les principaux facteurs de risque, avec la viande insuffisamment cuite. Pour l'EFSA, la source d'infection la plus fréquente est le poulet insuffisamment cuit ou un aliment prêt à consommer qui a touché du poulet cru.
| Point de passage | Situation à risque | Geste qui coupe le chemin |
|---|---|---|
| Planche à découper | Tailler une salade sur la planche du poulet cru | Planche réservée au cru, grattée, lavée à l'eau chaude et au détergent aussitôt après usage |
| Couteaux, pinces, ustensiles | Le même couteau pour découper le cru puis trancher le cuit | Ustensiles nettoyés après chaque usage, avant tout autre aliment |
| Mains | Toucher le poulet cru puis dresser une assiette | Lavage soigneux des mains après la viande crue |
| Plat, bac, assiette | Poser le poulet cuit dans le plat qui a contenu le poulet cru | Plat lavé ou changé avant de recevoir la viande cuite |
| Marinade, assaisonnement | Réutiliser le récipient ou le pinceau de la marinade crue | Récipient et ustensiles nettoyés avant réutilisation |
| Réfrigérateur | Jus de volaille qui coule sur un dessert ou des crudités | Volaille en bac fermé, en bas, jamais au-dessus des produits prêts à consommer |
| Évier | Rincer la volaille crue sous le robinet | Ne pas laver la volaille crue |

L'Anses recommande de disposer de plusieurs planches à découper, idéalement dédiées. Une planche pour les viandes et poissons crus, une autre pour le reste : c'est la règle de base. Un code couleur ou un marquage permet de reconnaître la planche du cru d'un coup d'œil, même en plein service.
L'entretien des surfaces et des ustensiles doit être rigoureux et immédiat : grattage, puis lavage à l'eau chaude et au détergent, juste après chaque utilisation. Campylobacter est sensible aux désinfectants courants. L'Anses indique que les ammoniums quaternaires, l'alcool à 70 % ou les iodophores, aux concentrations usuelles, divisent sa population par plus de 10 millions en moins d'une minute. Respectez la dilution et le temps de contact indiqués par le fabricant.

Lavez-vous soigneusement les mains après avoir manipulé de la viande crue, et avant de toucher un aliment prêt à consommer. Pour l'EFSA, ce lavage se fait au savon et à l'eau tiède, avant et après la manipulation. Un lavage oublié entre la volaille et le dressage peut suffire à transférer la bactérie.
Campylobacter survit bien entre 0 et 10 °C. Le réfrigérateur ne le supprime donc pas : il faut empêcher la volaille crue de toucher le reste. Santé publique France recommande de la conserver à l'écart des aliments consommés crus et des plats préparés. L'EFSA conseille de la ranger en bas, dans un récipient qui recueille le jus, jamais au-dessus des aliments cuits ou prêts à consommer.
En restaurant, les viandes de volailles se conservent à + 4 °C au plus, selon l'annexe I de l'arrêté du 21 décembre 2009.

Le référentiel de la formation en hygiène de la restauration commerciale cite la séparation des activités dans l'espace ou dans le temps. Si votre cuisine n'a qu'un plan de travail, préparez d'abord les crudités et les desserts, puis la volaille crue, et nettoyez le poste avant de le réutiliser. Le même raisonnement vaut pour la viande hachée : voyez E. coli et le steak haché.
Non. L'EFSA demande de ne jamais laver le poulet cru, car ce lavage peut répandre les bactéries sur les plans de travail de la cuisine. Ce qui détruit Campylobacter, c'est la cuisson.
Sortez la volaille de son emballage au-dessus du plan réservé au cru et posez-la directement dans le récipient de cuisson. Jetez l'emballage aussitôt, puis lavez-vous les mains. Si du jus a coulé, nettoyez et désinfectez la surface avant tout autre usage.

Campylobacter est très sensible à la chaleur. Selon l'Anses, un traitement thermique supérieur à 65 °C le détruit en quelques dizaines de secondes, que l'aliment soit liquide ou solide. L'Anses recommande donc une cuisson à cœur au-delà de 65 °C pour les viandes de volailles et de boucherie. Pour les particuliers, l'EFSA conseille d'atteindre 75 °C au centre de la volaille.
Au restaurant, quelques points demandent une attention particulière :
D'après l'EFSA, la salmonelle se trouve surtout dans les œufs et dans la viande crue de poulet, de dinde et de porc : des gestes très proches s'appliquent, comme le montre la fiche sur la salmonelle dans les œufs et la volaille.

Les signes apparaissent en moyenne 2 à 5 jours après le repas, parfois de 1 à 8 jours. Il s'agit le plus souvent d'une gastro-entérite aiguë, ce que beaucoup appellent une intoxication au poulet. L'Anses décrit la fréquence des symptômes ainsi :
| Symptôme | Part des malades |
|---|---|
| Diarrhée | 85 % |
| Douleurs abdominales | 79 % |
| Fièvre | 50 % |
| Maux de tête | 41 % |
| Selles sanglantes | 15 % |
| Vomissements | 15 % |
Les symptômes durent en moyenne 3 à 4 jours. L'infection guérit spontanément dans 4 cas sur 5, d'après l'Anses. Les complications sont rares et touchent surtout les personnes fragiles : enfants, personnes âgées, personnes immunodéprimées. La plus sévère, le syndrome de Guillain-Barré, atteint les nerfs. Santé publique France l'estime à 0,2 à 1 cas pour 1 000 infections confirmées.
Seul un médecin peut poser le diagnostic, par une analyse de selles. Face à un client qui se plaint après un repas, invitez-le à consulter et notez ce qu'il a mangé. Si plusieurs convives sont touchés, suivez la fiche TIAC au restaurant. Les signes communs aux autres causes sont décrits dans l'article sur l'intoxication alimentaire.
Une personne infectée reste contagieuse 38 jours en moyenne, et jusqu'à 70 jours, selon l'Anses. L'agence demande aux exploitants d'être attentifs à cette longue durée d'excrétion chez leurs salariés. Le lavage des mains après le passage aux toilettes devient alors un point à vérifier chaque jour.
Le règlement (CE) n° 852/2004 interdit à une personne atteinte de diarrhée ou porteuse d'une maladie transmissible par les aliments de manipuler les denrées s'il existe un risque de contamination. Le salarié doit prévenir l'exploitant de ses symptômes immédiatement. La reprise du poste se décide avec l'avis du médecin.
Le référentiel de cette formation traite des associations entre pathogènes et aliments, de l'hygiène des manipulations et du nettoyage du matériel. La formation à l'hygiène alimentaire se suit en 14 heures, en salle. Pour placer la découpe de la volaille dans votre plan de maîtrise, voyez aussi la méthode HACCP en cuisine et la vue d'ensemble sur les bactéries d'une cuisine de restaurant.
Non. D'après l'Anses, Campylobacter survit bien entre 0 et 10 °C, et la congélation ne détruit vraisemblablement qu'une faible partie des bactéries. Une volaille décongelée se manipule donc avec les mêmes précautions qu'une volaille fraîche.
Non, il ne s'y multiplie pas. Mais une faible dose, de l'ordre de quelques dizaines de bactéries, peut suffire à rendre malade. C'est pourquoi un simple transfert par une planche ou des mains compte autant.
L'Anses recommande d'éviter la consommation de viande de volaille crue, de type carpaccio ou tartare. Le seul moyen fiable de détruire la bactérie reste la cuisson à cœur.
Le règlement (CE) n° 852/2004 exige des surfaces en contact avec les aliments faciles à nettoyer et à désinfecter, en matériaux lisses, lavables, résistants à la corrosion et non toxiques. Un autre matériau n'est admis que si l'exploitant prouve à l'autorité de contrôle qu'il convient.
En moyenne 2 à 5 jours, et de 1 à 8 jours selon les cas, d'après l'Anses. Le dernier repas n'est donc pas forcément celui qui a rendu malade.
Hygiène alimentaireMéthode HACCP ›
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