Deux clients ou plus tombent malades après un repas pris chez vous : vous êtes peut-être face à une TIAC, une toxi-infection alimentaire collective. Ce guide explique ce que le mot recouvre en cuisine, les gestes des premières heures, qui doit déclarer, ce que l'arrêté du 21 décembre 2009 impose sur les plats témoins et la façon dont se déroule l'enquête.

L'essentiel
TIAC signifie toxi-infection alimentaire collective. Santé publique France la définit par « l'apparition d'au moins 2 cas d'une symptomatologie similaire, en général gastro-intestinale, dont on peut rapporter la cause à une même origine alimentaire ». Le seuil est bas : deux convives malades après le même plat suffisent à faire suspecter une TIAC.
Le restaurant est en première ligne. En 2024, Santé publique France a recensé 2 096 TIAC signalées et 20 045 malades, dont 630 reçus à l'hôpital et 6 décès. 48 % de ces TIAC étaient liées à des repas pris dans des restaurants commerciaux, où trois bactéries à toxines (staphylocoque doré, Clostridium perfringens, Bacillus cereus) étaient impliquées dans 53 % des cas. Elles sont présentées dans notre guide des bactéries alimentaires en cuisine de restaurant.
Santé publique France classe chaque foyer selon ce que l'enquête a pu établir. L'agent est « confirmé » quand on l'isole chez un malade, dans des restes alimentaires, des repas témoins ou l'environnement de production. Il est seulement « suspecté » quand on le déduit des symptômes, du délai d'apparition et des aliments consommés. En 2024, l'agent n'a été confirmé que pour 20 % des TIAC. Ce que la cuisine garde pèse donc sur le résultat de l'enquête.

Un client appelle le lendemain : toute sa table a été malade. Voici l'ordre des gestes, tiré de l'arrêté du 21 décembre 2009 et des fiches des services de l'État (DDPP de l'Ain, préfecture de la Mayenne).
| Élément à tenir prêt | À quoi il sert | Source |
|---|---|---|
| Menus effectivement servis | Savoir ce que chaque malade a pu manger | Arrêté de 2009, annexe IV |
| Plats témoins des repas qui ont précédé les symptômes | Analyse en laboratoire | Arrêté de 2009, annexe IV |
| Restes de matières premières et de plats servis sur les 3 derniers jours | Analyse en laboratoire | Fiche de la Mayenne |
| Étiquettes, factures, bons de livraison | Remonter jusqu'au fournisseur et au lot | Règlement 178/2002, article 18 |
| Autocontrôles et relevés de température | Vérifier la maîtrise des températures et de l'hygiène | Fiche de l'Ain |
| Liste des malades et non-malades, symptômes, heure d'apparition | Comparer les repas et estimer le délai d'apparition | Fiche de la Mayenne |
| Liste du personnel malade | Repérer une contamination par un manipulateur | Fiche de la Mayenne |

Un vomissement deux heures après le déjeuner et une diarrhée trois jours plus tard ne désignent pas le même repas. Santé publique France suspecte un agent d'après la durée d'incubation (le temps entre le repas et les premiers symptômes), les symptômes et les aliments. Les délais ci-dessous viennent des fiches de l'Anses.
| Agent | Délai habituel après le repas | Signes dominants | Aliments souvent en cause |
|---|---|---|---|
| Staphylocoque doré | De 30 minutes à 8 heures, 3 heures en moyenne | Nausées puis vomissements incoercibles | Aliments manipulés après cuisson, gâteaux à la crème |
| Bacillus cereus, forme émétique | 30 minutes à 5 heures | Nausées, vomissements | Riz, pâtes et féculents cuits à l'avance |
| Bacillus cereus, forme diarrhéique | 6 à 24 heures | Diarrhée aqueuse, douleurs abdominales | Plats cuisinés conservés tièdes |
| Clostridium perfringens | De 6 à 24 heures, souvent 10 à 12 | Diarrhée, violents maux de ventre | Viandes en sauce préparées en grande quantité |
| Salmonelle | 6 à 72 heures (souvent 12 à 36 heures) | Diarrhée, fièvre, douleurs abdominales, vomissements | Préparations aux œufs crus, viandes, volailles |
| Norovirus | 10 à 50 heures | Vomissements souvent en jet, diarrhée | Coquillages, aliments manipulés par une personne malade |
| Campylobacter | Le plus souvent 2 à 5 jours, extrêmes 1 et 8 | Diarrhée, douleurs abdominales, fièvre | Volaille peu cuite, lait cru |
| E. coli producteurs de shigatoxines | Le plus souvent 3 à 4 jours, extrêmes 1 et 12 | Crampes, diarrhée d'abord aqueuse puis sanglante | Viande hachée peu cuite, lait cru, végétaux crus |
Certains agents ne se départagent pas sur les seuls symptômes : Santé publique France regroupe le staphylocoque et la forme émétique de Bacillus cereus en « agent toxinique d'incubation courte ». Pour les plats en cause et les gestes, voyez les fiches sur la salmonelle et les œufs, Bacillus cereus et le riz cuit et Clostridium perfringens et les plats en sauce.
Le plat témoin est un échantillon de chaque plat servi, mis de côté pour les services de contrôle. Il est prévu par l'annexe IV de l'arrêté du 21 décembre 2009, consacrée à la restauration collective.
Pour les exploitants de restauration collective, ne pas conserver les plats témoins, ou ne pas déclarer l'épisode, est puni de l'amende des contraventions de troisième classe (article R. 237-6 du Code rural et de la pêche maritime).
Un restaurant traditionnel, une brasserie ou un établissement de restauration rapide qui sert une clientèle de passage ne relève pas de cette définition : l'arrêté ne lui impose pas de plats témoins. En cas de TIAC, ce sont les restes isolés et les matières premières qui pourront être analysés. Les règles des cantines sont détaillées dans notre article sur l'HACCP en restauration collective.

Deux services travaillent ensemble. Selon la fiche de la préfecture de la Mayenne, l'ARS mène l'enquête médicale et la DDPP l'enquête alimentaire. Santé publique France parle d'« investigations conjointes » pour confirmer la TIAC et en identifier l'origine.
La déclaration ne vient pas toujours de vous : un médecin peut la faire, et un consommateur peut signaler un épisode, notamment par SignalConso. La DDPP peut donc vous appeler la première.
En 2024, Santé publique France rapporte des mesures correctives pour 402 TIAC en restauration commerciale, soit 40 % des TIAC survenues en ces lieux : désinfection, travaux, formation du personnel, retrait de denrées, plus rarement fermeture administrative. En restauration, ces mesures sont « apportées avant tout par les exploitants, qui sont responsables de la sécurité des repas qu'ils servent ». Pour préparer la visite, lisez notre guide du contrôle d'hygiène alimentaire.

Selon Santé publique France, les rappels et mises en demeure adressés aux restaurants visent surtout des défauts de traçabilité, de maîtrise des températures ou d'hygiène.

L'article D. 3113-8 du Code de la santé publique inscrit les « toxi-infections alimentaires collectives » parmi les maladies qui justifient une intervention urgente. Les articles L. 3113-1 et R. 3113-3 chargent les médecins et les biologistes de les signaler « sans délai » à l'ARS.
Dès qu'il a connaissance d'« un effet indésirable inhabituel pouvant être lié à la consommation d'aliments dans son établissement, chez au moins deux consommateurs », le responsable invite les personnes à consulter un médecin. Il signale « sans délai » l'épisode au directeur de l'ARS et au directeur départemental chargé de la protection des populations. Il tient à leur disposition les menus servis et les plats témoins. L'arrêté du 8 octobre 2013 prévoit des règles semblables pour les denrées qui ne sont pas d'origine animale, toujours en restauration collective.
L'annexe IV ne s'applique pas à un restaurant commercial, mais les règles générales valent pour tout exploitant :
| Obligation | Restauration collective | Restaurant commercial |
|---|---|---|
| Conserver des plats témoins | Oui, au moins 5 jours, de 0 à +3 °C (annexe IV) | Non imposé par l'arrêté |
| Signaler l'épisode | Sans délai à l'ARS et à la DDPP, dès deux consommateurs (annexe IV) | Informer immédiatement les autorités si un aliment servi peut nuire à la santé (règlement 178/2002, article 19) |
| Inviter les malades à consulter | Oui (annexe IV) | Pas d'obligation écrite dans l'arrêté |
| Contravention de 3e classe (article R. 237-6) | Oui, pour les plats témoins et la déclaration | Non prévue par cet article |
| Identifier ses fournisseurs | Oui (article 18) | Oui (article 18) |
Le règlement (CE) n° 852/2004 (annexe II, chapitre VIII) interdit à une personne atteinte d'une maladie transmissible par les aliments, ou souffrant par exemple de plaies infectées ou de diarrhée, de manipuler les denrées s'il existe un risque de contamination. Le salarié informe immédiatement l'exploitant de ses symptômes.
Non : la définition demande au moins deux cas. Un client isolé peut souffrir d'une intoxication alimentaire, dont les symptômes sont décrits dans notre article sur l'intoxication alimentaire. Si vous pensez qu'un aliment servi peut nuire à la santé, l'obligation d'information du règlement (CE) n° 178/2002 s'applique quand même.
Les médecins et les biologistes, ainsi que les responsables d'établissements de restauration collective ou à caractère social, selon Santé publique France. Un consommateur peut aussi déclarer un épisode, notamment par SignalConso. La déclaration va à l'ARS ou à la DDPP.
En restauration collective, au moins cinq jours après sa présentation au consommateur, entre 0 et +3 °C, selon l'annexe IV de l'arrêté du 21 décembre 2009.
Pas au titre de l'arrêté du 21 décembre 2009 : il ne les impose qu'à la restauration collective et aux cuisines centrales. En cas de TIAC, isolez les restes et les matières premières du service suspect.
Santé publique France décrit des rappels réglementaires et des mises en demeure, plus rarement des fermetures administratives. Les mesures correctives, comme la désinfection ou la formation, sont d'abord mises en œuvre par l'exploitant.
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