Votre laboratoire signale des entérobactéries dans une salade, une glace maison ou sur un plan de travail. Ce résultat mesure l'hygiène de votre façon de travailler : il montre qu'un aliment a pu être mal cuit, recontaminé ou mal conservé. Voici comment le lire, à quels produits le règlement européen fixe un seuil, où chercher la cause et quoi faire ensuite.

L'essentiel
Les entérobactéries, en latin Enterobacteriaceae, forment une famille de bactéries. Les fiches de l'Anses y classent notamment les salmonelles, Escherichia coli et Cronobacter. E. coli fait partie du microbiote intestinal des humains et des animaux à sang chaud. Ce sont des bactéries que l'on rencontre dans une cuisine de restaurant.
Toutes ne rendent pas malade. Le règlement européen sur les critères microbiologiques le rappelle : à côté des espèces pathogènes, la famille comprend des espèces de l'environnement sans risque pour la santé. On la compte donc en routine pour surveiller une production, puis on recherche des pathogènes précis si elle est présente.
Le laboratoire vous donne le nombre de bactéries de cette famille trouvées dans un gramme d'aliment, ou sur une surface.
Dans le règlement (CE) n° 2073/2005, les entérobactéries n'apparaissent que parmi les « critères d'hygiène des procédés ». Ces critères indiquent si le procédé de production fonctionne de façon acceptable. Ils fixent une valeur indicative de contamination, dont le dépassement exige des mesures correctives. Ils ne s'appliquent pas aux produits mis sur le marché.
Le ministère de l'Agriculture le dit plus simplement dans les tableaux de critères professionnels qu'il publie : ne pas respecter un tel critère entraîne des actions correctives, mais ne permet pas de conclure que l'aliment est impropre à la consommation. Un mauvais résultat parle d'abord de votre organisation en cuisine.
Le règlement distingue deux sortes de critères. Les confondre peut faire jeter un plat sans raison, ou servir un aliment à risque.
| Question | Critère de sécurité des denrées alimentaires | Critère d'hygiène des procédés |
|---|---|---|
| Ce qu'il juge | Un produit ou un lot | Le fonctionnement du procédé de production |
| Où il s'applique | Aux produits mis sur le marché | Au stade fixé par le texte, jamais aux produits mis sur le marché |
| Si le résultat est insatisfaisant | Retrait ou rappel du produit ou du lot | Mesures correctives sur le procédé |
| Exemples | Listeria monocytogenes, salmonelles, entérotoxines staphylococciques | Entérobactéries, E. coli, staphylocoques à coagulase positive |
Le règlement (CE) n° 2073/2005, dans sa version en vigueur, fixe des seuils d'entérobactéries pour une liste précise de produits. Le tableau les reprend tous, d'après le chapitre 2 de son annexe I.
| Produit | Moment du prélèvement | Seuils fixés | Action prévue si le résultat est insatisfaisant |
|---|---|---|---|
| Crèmes glacées contenant des ingrédients lactés, desserts lactés congelés | Fin de fabrication | 5 unités, m = 10 ufc/g, M = 100 ufc/g | Améliorer l'hygiène de production |
| Ovoproduits | Fin de fabrication | 5 unités, m = 10 ufc/g ou ml, M = 100 ufc/g ou ml | Contrôler l'efficacité du traitement thermique et la prévention de la recontamination |
| Lait pasteurisé et autres produits laitiers liquides pasteurisés | Fin de fabrication | 5 unités, limite unique de 10 ufc/ml | Contrôler le traitement thermique, la prévention de la recontamination et la qualité des matières premières |
| Lait en poudre et lactosérum en poudre | Fin de fabrication | 5 unités, limite unique de 10 ufc/g | Contrôler le traitement thermique et la prévention de la recontamination |
| Préparations en poudre pour nourrissons de moins de six mois, préparations de suite en poudre | Fin de fabrication | Non détecté dans 10 g | Améliorer l'hygiène de production pour réduire au minimum la contamination |
| Carcasses de bovins, ovins, caprins, équidés et porcins | À l'abattoir, après l'habillage et avant le ressuage | Moyenne quotidienne en log ufc/cm² | Améliorer l'hygiène de l'abattage et réexaminer les contrôles de procédé |
« n » désigne le nombre d'unités prélevées, m et M deux limites. Pour les glaces et les ovoproduits, le résultat est satisfaisant quand toutes les valeurs restent au plus égales à m. Il reste acceptable quand deux unités sur cinq au plus se situent entre m et M. Il devient insatisfaisant dès qu'une valeur dépasse M, ou que plus de deux unités se situent entre m et M. Pour le lait pasteurisé et les laits en poudre, le seuil ne s'applique pas aux produits destinés à être encore transformés dans le secteur alimentaire.
Un plat du jour, une terrine maison, une salade composée ou un dessert à la crème ne figurent pas dans cette liste. Le règlement ne leur fixe aucun seuil d'entérobactéries. Le laboratoire compare alors votre résultat à une autre référence, par exemple des critères proposés par une profession. Le ministère de l'Agriculture précise que les critères professionnels qu'il publie restent d'application volontaire et n'ont aucune valeur réglementaire.
Vérifiez sur le rapport quelle référence a été retenue, et demandez-la au laboratoire si elle n'y figure pas.
Si vous fabriquez vos glaces, la situation change. Les crèmes glacées lactées ont un seuil européen, et l'article 3 du règlement vise tous les stades, vente au détail comprise. Le règlement (CE) n° 178/2002 range les restaurants dans le commerce de détail. Le seuil s'applique à la fin de votre fabrication.

Repérez ces informations sur le rapport.
Demandez aussi si le laboratoire est accrédité pour l'analyse. En France, l'accréditation est délivrée par le Comité français d'accréditation ou par un organisme européen équivalent (article D. 202-32-4 du code rural).

Le règlement donne lui-même les pistes dans sa colonne des actions : hygiène de production, traitement thermique, recontamination, matières premières.
Un rôti bien cuit repart chargé s'il est tranché sur la planche des viandes crues ou saisi à mains nues. Une pince, un torchon ou une sonde passée du cru au cuit suffisent. Regardez tout ce qui a touché le plat entre le four et l'assiette.
Une cuisson insuffisante à cœur laisse survivre des bactéries, et un refroidissement lent leur laisse le temps de se multiplier. L'arrêté du 21 décembre 2009 fixe +3 °C au plus pour une préparation culinaire élaborée à l'avance, et +63 °C au moins pour un plat livré ou remis chaud au client.

Une salade, des herbes ou des légumes crus arrivent avec leur propre flore : regardez la réception, le fournisseur et le lavage. Une trancheuse, un robot coupe ou une turbine à glace retiennent des résidus quand on ne les démonte pas. Sur une surface propre, un résultat élevé interroge le produit de nettoyage, son dosage et son temps de contact.
| Résultat élevé sur | Ce que vous vérifiez en priorité |
|---|---|
| Un plat cuit servi chaud | Température à cœur en fin de cuisson, maintien à +63 °C au moins, ustensiles du service |
| Un plat cuit servi froid ou préparé à l'avance | Vitesse de refroidissement, stockage à +3 °C au plus, mains et ustensiles au dressage |
| Une glace ou un dessert lacté maison | Démontage et désinfection de la turbine, ingrédients, hygiène pendant la fabrication |
| Une salade ou une crudité | Réception, lavage des végétaux, planches et couteaux partagés avec les produits crus |
| Une surface après nettoyage | Produit, dosage, temps de contact, rinçage, fréquence inscrite au plan de nettoyage |
L'article 7 du règlement (CE) n° 2073/2005 fixe la marche à suivre : appliquer les mesures correctives de vos procédures HACCP et chercher la cause pour éviter que la contamination revienne. Procédez dans cet ordre.
Si des clients sont tombés malades, lisez plutôt la page consacrée à l'intoxication alimentaire.
Inscrivez ces gestes dans vos procédures et vérifiez-les pendant le service.


Le règlement (CE) n° 852/2004 demande de prendre, le cas échéant, des mesures d'hygiène spécifiques, dont le respect des critères microbiologiques et le prélèvement d'échantillons pour analyse (article 4). Il impose des procédures fondées sur les principes HACCP, vérifiées périodiquement et documentées (article 5). Le règlement (CE) n° 2073/2005 ajoute que vous réalisez les analyses, le cas échéant, pour valider ou vérifier ces procédures, à une fréquence que vous fixez vous-même sauf quand son annexe I en prévoit une (article 4).
En France, ces procédures sont réunies dans le plan de maîtrise sanitaire. Le code rural le cite à propos des analyses d'autocontrôle du secteur alimentaire (article D. 202-32-1). L'arrêté du 8 juin 2006 en détaille le contenu pour les établissements agréés : bonnes pratiques d'hygiène, plan HACCP, traçabilité et gestion des produits non conformes. Vos résultats d'entérobactéries s'y rangent à deux endroits : la vérification, qui montre que vos mesures fonctionnent, et les actions correctives, qui gardent la trace de ce que vous avez changé.
Pour aller plus loin, voyez le contrôle de l'hygiène alimentaire et la méthode HACCP en cuisine.
L'article L. 201-7 du code rural oblige à informer immédiatement l'administration quand un résultat d'autocontrôle donne des raisons de penser qu'un aliment présente ou peut présenter un risque pour la santé. Il vise aussi les résultats montrant que des locaux ou des équipements peuvent rendre des produits dangereux : l'exploitant signale alors les mesures prises. L'article D. 201-7 désigne le préfet du département de l'établissement.
Les restaurants traditionnels, les cafétérias et la restauration rapide doivent compter au moins une personne formée à l'hygiène alimentaire adaptée à leur activité (article D. 233-11 du code rural). L'obligation se remplit par une formation à l'hygiène alimentaire adaptée à la restauration commerciale, ou par trois ans d'expérience comme gestionnaire ou exploitant dans le secteur alimentaire (article L. 233-4).
Certaines le sont, comme les salmonelles. D'autres vivent dans l'environnement sans risque pour la santé. Dans une analyse d'hygiène, leur nombre signale un procédé à corriger.
Le dépassement d'un critère d'hygiène des procédés appelle des corrections dans votre façon de travailler. Si une bactérie pathogène est aussi trouvée, ou si vous avez des raisons de penser que l'aliment présente un risque, retirez-le et prévenez immédiatement l'administration. En cas de doute, ne servez pas.
E. coli est une espèce de la famille des entérobactéries. Le règlement s'en sert comme indicateur pour d'autres produits : de contamination fécale pour la viande hachée et les préparations de viande, du niveau d'hygiène pour certains fromages et le beurre au lait cru. Les deux résultats se lisent séparément. Voyez aussi la fiche sur E. coli dans les aliments.
Les règlements européens parlent d'analyses réalisées « le cas échéant », pour valider et vérifier vos procédures. L'exploitant fixe la fréquence dans son plan de maîtrise sanitaire et peut l'adapter à la taille de l'entreprise, tant que la sécurité des aliments n'est pas menacée. Lors d'un contrôle, vous devez pouvoir montrer comment vous vérifiez que vos mesures fonctionnent.
Non. Le comptage des entérobactéries et la recherche de salmonelles sont deux analyses distinctes, et le règlement fixe des critères séparés pour les salmonelles. Pour les œufs et les préparations à base d'œufs crus, lisez la fiche sur la salmonelle dans les œufs.
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