Entérobactéries : ce que révèle une analyse dans votre restaurant

Par Jean14 min de lecture

Votre laboratoire signale des entérobactéries dans une salade, une glace maison ou sur un plan de travail. Ce résultat mesure l'hygiène de votre façon de travailler : il montre qu'un aliment a pu être mal cuit, recontaminé ou mal conservé. Voici comment le lire, à quels produits le règlement européen fixe un seuil, où chercher la cause et quoi faire ensuite.

Technicien prélevant une portion de salade composée avec une pince stérile en cuisine

Sommaire
  1. - Entérobactéries : de quoi parle-t-on dans une analyse ?

    1. - Un indicateur d'hygiène des procédés

  2. - Quels produits ont un seuil d'entérobactéries dans le règlement ?

    1. - Et pour un plat cuisiné de restaurant ?

  3. - Comment lire un résultat d'entérobactéries ?

  4. - D'où viennent les entérobactéries d'un mauvais résultat ?

    1. - Une recontamination après la cuisson

    2. - Une cuisson ou une conservation mal tenue

    3. - Des matières premières ou un matériel en cause

  5. - Résultat insatisfaisant : que faire, étape par étape ?

  6. - Les gestes en cuisine qui limitent les entérobactéries

  7. - Ce que dit la réglementation

    1. - Les règlements européens

    2. - Le plan de maîtrise sanitaire

    3. - L'information de l'administration

    4. - La formation

  8. - Questions fréquentes

    1. - Les entérobactéries sont-elles dangereuses ?

    2. - Faut-il jeter un plat après un mauvais résultat ?

    3. - Entérobactéries et E. coli : quelle différence sur un rapport ?

    4. - Un restaurant doit-il faire des analyses ?

    5. - Un bon résultat prouve-t-il l'absence de salmonelle ?

  9. - Sources


L'essentiel

  • Les entérobactéries forment une famille de bactéries qui compte des espèces pathogènes, comme les salmonelles, et des espèces sans danger.
  • Dans une analyse, elles servent d'indicateur : un résultat élevé signale un défaut d'hygiène, de cuisson ou de conservation.
  • Le règlement (CE) n° 2073/2005 ne leur fixe un seuil que pour quelques produits, dont les glaces lactées et les ovoproduits. Les plats cuisinés n'en font pas partie.
  • Un mauvais résultat vous oblige à chercher la cause, à corriger et à le noter dans votre plan de maîtrise sanitaire.
  • Si le laboratoire trouve aussi une bactérie pathogène, d'autres règles s'appliquent : retrait du produit et information immédiate de l'administration.

Entérobactéries : de quoi parle-t-on dans une analyse ?

Les entérobactéries, en latin Enterobacteriaceae, forment une famille de bactéries. Les fiches de l'Anses y classent notamment les salmonelles, Escherichia coli et Cronobacter. E. coli fait partie du microbiote intestinal des humains et des animaux à sang chaud. Ce sont des bactéries que l'on rencontre dans une cuisine de restaurant.

Toutes ne rendent pas malade. Le règlement européen sur les critères microbiologiques le rappelle : à côté des espèces pathogènes, la famille comprend des espèces de l'environnement sans risque pour la santé. On la compte donc en routine pour surveiller une production, puis on recherche des pathogènes précis si elle est présente.

Le laboratoire vous donne le nombre de bactéries de cette famille trouvées dans un gramme d'aliment, ou sur une surface.

Un indicateur d'hygiène des procédés

Dans le règlement (CE) n° 2073/2005, les entérobactéries n'apparaissent que parmi les « critères d'hygiène des procédés ». Ces critères indiquent si le procédé de production fonctionne de façon acceptable. Ils fixent une valeur indicative de contamination, dont le dépassement exige des mesures correctives. Ils ne s'appliquent pas aux produits mis sur le marché.

Le ministère de l'Agriculture le dit plus simplement dans les tableaux de critères professionnels qu'il publie : ne pas respecter un tel critère entraîne des actions correctives, mais ne permet pas de conclure que l'aliment est impropre à la consommation. Un mauvais résultat parle d'abord de votre organisation en cuisine.

Le règlement distingue deux sortes de critères. Les confondre peut faire jeter un plat sans raison, ou servir un aliment à risque.

QuestionCritère de sécurité des denrées alimentairesCritère d'hygiène des procédés
Ce qu'il jugeUn produit ou un lotLe fonctionnement du procédé de production
Où il s'appliqueAux produits mis sur le marchéAu stade fixé par le texte, jamais aux produits mis sur le marché
Si le résultat est insatisfaisantRetrait ou rappel du produit ou du lotMesures correctives sur le procédé
ExemplesListeria monocytogenes, salmonelles, entérotoxines staphylococciquesEntérobactéries, E. coli, staphylocoques à coagulase positive

Quels produits ont un seuil d'entérobactéries dans le règlement ?

Le règlement (CE) n° 2073/2005, dans sa version en vigueur, fixe des seuils d'entérobactéries pour une liste précise de produits. Le tableau les reprend tous, d'après le chapitre 2 de son annexe I.

ProduitMoment du prélèvementSeuils fixésAction prévue si le résultat est insatisfaisant
Crèmes glacées contenant des ingrédients lactés, desserts lactés congelésFin de fabrication5 unités, m = 10 ufc/g, M = 100 ufc/gAméliorer l'hygiène de production
OvoproduitsFin de fabrication5 unités, m = 10 ufc/g ou ml, M = 100 ufc/g ou mlContrôler l'efficacité du traitement thermique et la prévention de la recontamination
Lait pasteurisé et autres produits laitiers liquides pasteurisésFin de fabrication5 unités, limite unique de 10 ufc/mlContrôler le traitement thermique, la prévention de la recontamination et la qualité des matières premières
Lait en poudre et lactosérum en poudreFin de fabrication5 unités, limite unique de 10 ufc/gContrôler le traitement thermique et la prévention de la recontamination
Préparations en poudre pour nourrissons de moins de six mois, préparations de suite en poudreFin de fabricationNon détecté dans 10 gAméliorer l'hygiène de production pour réduire au minimum la contamination
Carcasses de bovins, ovins, caprins, équidés et porcinsÀ l'abattoir, après l'habillage et avant le ressuageMoyenne quotidienne en log ufc/cm²Améliorer l'hygiène de l'abattage et réexaminer les contrôles de procédé

« n » désigne le nombre d'unités prélevées, m et M deux limites. Pour les glaces et les ovoproduits, le résultat est satisfaisant quand toutes les valeurs restent au plus égales à m. Il reste acceptable quand deux unités sur cinq au plus se situent entre m et M. Il devient insatisfaisant dès qu'une valeur dépasse M, ou que plus de deux unités se situent entre m et M. Pour le lait pasteurisé et les laits en poudre, le seuil ne s'applique pas aux produits destinés à être encore transformés dans le secteur alimentaire.

Et pour un plat cuisiné de restaurant ?

Un plat du jour, une terrine maison, une salade composée ou un dessert à la crème ne figurent pas dans cette liste. Le règlement ne leur fixe aucun seuil d'entérobactéries. Le laboratoire compare alors votre résultat à une autre référence, par exemple des critères proposés par une profession. Le ministère de l'Agriculture précise que les critères professionnels qu'il publie restent d'application volontaire et n'ont aucune valeur réglementaire.

Vérifiez sur le rapport quelle référence a été retenue, et demandez-la au laboratoire si elle n'y figure pas.

Si vous fabriquez vos glaces, la situation change. Les crèmes glacées lactées ont un seuil européen, et l'article 3 du règlement vise tous les stades, vente au détail comprise. Le règlement (CE) n° 178/2002 range les restaurants dans le commerce de détail. Le seuil s'applique à la fin de votre fabrication.

Pièces en inox d'une turbine à glace démontée sur un plan de travail propre

Comment lire un résultat d'entérobactéries ?

Repérez ces informations sur le rapport.

  • L'unité. Le résultat s'exprime en ufc, unités formant colonies, par gramme ou par millilitre d'aliment. Pour une surface, il se rapporte à la zone prélevée.
  • La méthode. Le règlement renvoie à la norme EN ISO 21528-2 pour un comptage, et à la norme EN ISO 21528-1 quand il exige l'absence dans 10 g.
  • Le moment du prélèvement. À réception, en fin de fabrication ou après deux jours au froid, le même aliment ne raconte pas la même histoire.
  • La référence de comparaison. Seuil européen, critère professionnel ou valeur fixée dans votre plan : cherchez à quoi votre chiffre est comparé.
  • Le nombre d'échantillons. Pour juger précisément un lot ou un procédé, le règlement demande de respecter au minimum ses plans d'échantillonnage. Un prélèvement isolé reste un signal.

Demandez aussi si le laboratoire est accrédité pour l'analyse. En France, l'accréditation est délivrée par le Comité français d'accréditation ou par un organisme européen équivalent (article D. 202-32-4 du code rural).

Écouvillon passé sur une planche à découper blanche après nettoyage, près d'un évier

D'où viennent les entérobactéries d'un mauvais résultat ?

Le règlement donne lui-même les pistes dans sa colonne des actions : hygiène de production, traitement thermique, recontamination, matières premières.

Une recontamination après la cuisson

Un rôti bien cuit repart chargé s'il est tranché sur la planche des viandes crues ou saisi à mains nues. Une pince, un torchon ou une sonde passée du cru au cuit suffisent. Regardez tout ce qui a touché le plat entre le four et l'assiette.

Une cuisson ou une conservation mal tenue

Une cuisson insuffisante à cœur laisse survivre des bactéries, et un refroidissement lent leur laisse le temps de se multiplier. L'arrêté du 21 décembre 2009 fixe +3 °C au plus pour une préparation culinaire élaborée à l'avance, et +63 °C au moins pour un plat livré ou remis chaud au client.

Des cagettes de salades, d'herbes et de légumes crus sur la table de réception

Des matières premières ou un matériel en cause

Une salade, des herbes ou des légumes crus arrivent avec leur propre flore : regardez la réception, le fournisseur et le lavage. Une trancheuse, un robot coupe ou une turbine à glace retiennent des résidus quand on ne les démonte pas. Sur une surface propre, un résultat élevé interroge le produit de nettoyage, son dosage et son temps de contact.

Résultat élevé surCe que vous vérifiez en priorité
Un plat cuit servi chaudTempérature à cœur en fin de cuisson, maintien à +63 °C au moins, ustensiles du service
Un plat cuit servi froid ou préparé à l'avanceVitesse de refroidissement, stockage à +3 °C au plus, mains et ustensiles au dressage
Une glace ou un dessert lacté maisonDémontage et désinfection de la turbine, ingrédients, hygiène pendant la fabrication
Une salade ou une cruditéRéception, lavage des végétaux, planches et couteaux partagés avec les produits crus
Une surface après nettoyageProduit, dosage, temps de contact, rinçage, fréquence inscrite au plan de nettoyage

Résultat insatisfaisant : que faire, étape par étape ?

L'article 7 du règlement (CE) n° 2073/2005 fixe la marche à suivre : appliquer les mesures correctives de vos procédures HACCP et chercher la cause pour éviter que la contamination revienne. Procédez dans cet ordre.

  1. Relisez le rapport. Notez le produit, la date de fabrication, le moment du prélèvement et la référence utilisée.
  2. Regardez si une bactérie pathogène est signalée. Une salmonelle ou Listeria en cuisine change le cadre. Dès qu'un résultat d'autocontrôle vous donne des raisons de penser qu'un aliment présente un risque pour la santé, l'article L. 201-7 du code rural vous impose d'informer immédiatement le préfet du département. Un produit qui ne respecte pas un critère de sécurité du règlement est retiré ou rappelé.
  3. Si seules les entérobactéries sont en cause, isolez la préparation si elle est encore en stock, puis cherchez la cause avec le tableau ci-dessus.
  4. Corrigez au bon endroit : un geste au dressage, un refroidissement, un démontage oublié, un fournisseur.
  5. Vérifiez par un nouveau prélèvement après la correction, sur le même produit et au même moment.
  6. Consignez le résultat, la cause retenue, la mesure prise et le contrôle qui a suivi. Le règlement (CE) n° 852/2004 demande des documents qui prouvent l'application de vos mesures.
  7. Expliquez à l'équipe ce qui change, et pourquoi.

Si des clients sont tombés malades, lisez plutôt la page consacrée à l'intoxication alimentaire.

Les gestes en cuisine qui limitent les entérobactéries

Inscrivez ces gestes dans vos procédures et vérifiez-les pendant le service.

Un plan de travail en inox désinfecté et essuyé au papier à usage unique

  • Lavez-vous les mains après un produit cru, un emballage ou une poubelle, après les toilettes, et avant chaque dressage.
  • Réservez des planches et des couteaux aux produits crus, avec un code couleur.
  • Prenez une pince ou une spatule pour un aliment cuit. Si vous portez des gants, changez-les à chaque changement de tâche.
  • Remplacez le torchon qui passe partout par du papier à usage unique, et désinfectez la sonde entre deux produits.
  • Refroidissez vite les préparations cuites à l'avance, puis conservez-les à +3 °C au plus. En restauration collective, l'arrêté du 21 décembre 2009 interdit qu'elles restent plus de deux heures entre +63 °C et +10 °C à cœur, sauf analyse des dangers validée.
  • Démontez et nettoyez la trancheuse, le robot et la turbine à glace après usage, selon votre plan de nettoyage et de désinfection.
  • Écartez des aliments une personne qui a la diarrhée : le règlement (CE) n° 852/2004 lui demande d'en informer immédiatement l'exploitant.
  • Programmez des prélèvements de surface après nettoyage pour vérifier que votre plan fonctionne.

Planches à découper de couleurs différentes rangées sur un support en inox

Ce que dit la réglementation

Les règlements européens

Le règlement (CE) n° 852/2004 demande de prendre, le cas échéant, des mesures d'hygiène spécifiques, dont le respect des critères microbiologiques et le prélèvement d'échantillons pour analyse (article 4). Il impose des procédures fondées sur les principes HACCP, vérifiées périodiquement et documentées (article 5). Le règlement (CE) n° 2073/2005 ajoute que vous réalisez les analyses, le cas échéant, pour valider ou vérifier ces procédures, à une fréquence que vous fixez vous-même sauf quand son annexe I en prévoit une (article 4).

Le plan de maîtrise sanitaire

En France, ces procédures sont réunies dans le plan de maîtrise sanitaire. Le code rural le cite à propos des analyses d'autocontrôle du secteur alimentaire (article D. 202-32-1). L'arrêté du 8 juin 2006 en détaille le contenu pour les établissements agréés : bonnes pratiques d'hygiène, plan HACCP, traçabilité et gestion des produits non conformes. Vos résultats d'entérobactéries s'y rangent à deux endroits : la vérification, qui montre que vos mesures fonctionnent, et les actions correctives, qui gardent la trace de ce que vous avez changé.

Pour aller plus loin, voyez le contrôle de l'hygiène alimentaire et la méthode HACCP en cuisine.

L'information de l'administration

L'article L. 201-7 du code rural oblige à informer immédiatement l'administration quand un résultat d'autocontrôle donne des raisons de penser qu'un aliment présente ou peut présenter un risque pour la santé. Il vise aussi les résultats montrant que des locaux ou des équipements peuvent rendre des produits dangereux : l'exploitant signale alors les mesures prises. L'article D. 201-7 désigne le préfet du département de l'établissement.

La formation

Les restaurants traditionnels, les cafétérias et la restauration rapide doivent compter au moins une personne formée à l'hygiène alimentaire adaptée à leur activité (article D. 233-11 du code rural). L'obligation se remplit par une formation à l'hygiène alimentaire adaptée à la restauration commerciale, ou par trois ans d'expérience comme gestionnaire ou exploitant dans le secteur alimentaire (article L. 233-4).

Questions fréquentes

Les entérobactéries sont-elles dangereuses ?

Certaines le sont, comme les salmonelles. D'autres vivent dans l'environnement sans risque pour la santé. Dans une analyse d'hygiène, leur nombre signale un procédé à corriger.

Faut-il jeter un plat après un mauvais résultat ?

Le dépassement d'un critère d'hygiène des procédés appelle des corrections dans votre façon de travailler. Si une bactérie pathogène est aussi trouvée, ou si vous avez des raisons de penser que l'aliment présente un risque, retirez-le et prévenez immédiatement l'administration. En cas de doute, ne servez pas.

Entérobactéries et E. coli : quelle différence sur un rapport ?

E. coli est une espèce de la famille des entérobactéries. Le règlement s'en sert comme indicateur pour d'autres produits : de contamination fécale pour la viande hachée et les préparations de viande, du niveau d'hygiène pour certains fromages et le beurre au lait cru. Les deux résultats se lisent séparément. Voyez aussi la fiche sur E. coli dans les aliments.

Un restaurant doit-il faire des analyses ?

Les règlements européens parlent d'analyses réalisées « le cas échéant », pour valider et vérifier vos procédures. L'exploitant fixe la fréquence dans son plan de maîtrise sanitaire et peut l'adapter à la taille de l'entreprise, tant que la sécurité des aliments n'est pas menacée. Lors d'un contrôle, vous devez pouvoir montrer comment vous vérifiez que vos mesures fonctionnent.

Un bon résultat prouve-t-il l'absence de salmonelle ?

Non. Le comptage des entérobactéries et la recherche de salmonelles sont deux analyses distinctes, et le règlement fixe des critères séparés pour les salmonelles. Pour les œufs et les préparations à base d'œufs crus, lisez la fiche sur la salmonelle dans les œufs.

Sources