Les bactéries alimentaires trouvent dans une cuisine de restaurant tout ce qui leur convient : produits crus, plats préparés à l'avance, mains qui passent d'un poste à l'autre, écarts de température au coup de feu. Voici les huit bactéries, ou familles de bactéries, qu'un professionnel de la restauration doit connaître, les aliments qu'elles visent et les gestes qui les arrêtent. Chacune a sa fiche détaillée.

L'essentiel
Le règlement (CE) n° 178/2002 définit le danger comme « un agent biologique, chimique ou physique » pouvant, dans un aliment, « avoir un effet néfaste sur la santé ». Le danger microbiologique regroupe les micro-organismes (bactéries, virus, parasites) et les toxines que certains fabriquent. Les bactéries ne rendent pas toutes malade de la même façon, et les gestes en dépendent.
La méthode HACCP part de cette analyse : l'article 5 du règlement (CE) n° 852/2004 demande d'« identifier tout danger qu'il y a lieu de prévenir, d'éliminer ou de ramener à un niveau acceptable », puis les points critiques et leur surveillance. Voir notre article sur la méthode HACCP en cuisine.

Le restaurant commercial est le premier lieu des TIAC signalées : en 2024, Santé publique France y a rattaché 48 % des foyers et 4 421 malades. Les rappels et mises en demeure qui suivent visent le plus souvent la traçabilité, les températures ou l'hygiène.
Pour qu'un client tombe malade, trois choses doivent se produire.
Elle entre avec la marchandise : volaille crue pour Campylobacter, œufs pour la salmonelle, épices, riz et légumes pour Bacillus cereus. Elle entre aussi avec le personnel : l'Anses rappelle que « de très nombreux opérateurs sont des porteurs sains » de staphylocoque doré. Elle passe ensuite d'un aliment à l'autre par une planche, un couteau ou des mains.
Pour Bacillus cereus et Clostridium perfringens, l'Anses explique que le danger vient surtout de la conservation, quand le plat reste trop longtemps à une température qui leur convient. Clostridium perfringens se développe entre 10 et 52 °C et, dans des conditions idéales, double sa population en 7 minutes. Une marmite de sauce qui refroidit lentement sur le passe lui convient.
Une cuisson insuffisante laisse vivre la salmonelle au cœur d'une volaille. Les spores de Bacillus cereus et de Clostridium perfringens supportent la cuisson et germent ensuite si le plat refroidit mal. Les toxines du staphylocoque et la toxine émétique de Bacillus cereus restent actives après un réchauffage.
Les symptômes et leur évolution sont traités dans notre article sur l'intoxication alimentaire.
Aliments, délais et parades viennent des fiches de description de danger de l'Anses.
| Bactérie | Aliments le plus souvent en cause | Délai avant les premiers signes | Ce qui l'arrête en cuisine |
|---|---|---|---|
| Salmonelle | Œufs et préparations aux œufs crus, viandes dont la volaille, lait cru | 6 à 72 h, souvent 12 à 36 h | Cuisson à cœur, froid, préparations aux œufs crus servies sans attendre |
| Listeria monocytogenes | Charcuterie cuite, fromages à pâte molle surtout au lait cru, plats cuisinés | 6 h à 4 jours (forme digestive), jusqu'à 67 jours (formes graves) | Nettoyage et séchage du matériel, chaîne du froid, dates limites respectées |
| E. coli producteurs de shigatoxines | Viande hachée de bœuf peu cuite, lait cru et fromages au lait cru, végétaux crus, pâte crue | 3 à 4 jours (1 à 12) | Cuisson à cœur des steaks hachés, lavage soigneux des végétaux crus |
| Campylobacter | Volaille insuffisamment cuite, lait cru, eau ; transferts depuis la volaille crue | 2 à 5 jours (1 à 8) | Planches et ustensiles séparés, lavage des mains, cuisson au-delà de 65 °C à cœur |
| Staphylocoque doré | Aliments manipulés après cuisson : viandes cuites tranchées, salades composées, gâteaux à la crème | 30 min à 8 h (3 h en moyenne) | Mains lavées, plaies couvertes, aliments gardés en dessous de 6 °C |
| Bacillus cereus | Riz, pâtes et semoule cuits à l'avance, purées en flocons, potages en poudre, épices | 30 min à 5 h (vomissements), 6 à 24 h (diarrhée) | Refroidissement rapide, ou maintien au-dessus de 63 °C |
| Clostridium perfringens | Viandes en sauce et plats préparés à l'avance en grande quantité, haricots en sauce | 6 à 24 h (souvent 10 à 12 h) | Refroidissement rapide, remise en température rapide |
| Entérobactéries | Famille de bactéries recherchée comme indicateur d'hygiène | Sans objet | Nettoyage, séparation du cru et du cuit, suivi des résultats d'analyse |

En 2024, la salmonelle représentait 43 % des TIAC à agent confirmé, et les œufs étaient suspectés dans 38 % de ses foyers, selon Santé publique France. Mayonnaise maison, mousse au chocolat et pâtisseries sans cuisson concentrent le risque. Voir la fiche sur la salmonelle dans les œufs et la volaille.
L'Anses décrit Listeria monocytogenes comme capable de « croître aux températures de réfrigération » et de persister sur les équipements. Ses formes invasives ont une létalité de 20 à 30 %. Au restaurant, elle vise les produits prêts à consommer gardés plusieurs jours. Voir la fiche Listeria en restaurant : fromages, charcuterie et trancheuse.
Les E. coli producteurs de shigatoxines provoquent, dans 5 à 8 % des cas selon l'Anses, un syndrome hémolytique et urémique, atteinte grave des reins plus fréquente chez les enfants de moins de 3 ans. Lire la fiche E. coli dans les aliments : steak haché et crudités.
Campylobacter entre en cuisine avec la volaille crue. L'Anses retient comme facteurs de risque la volaille peu cuite et les transferts lors de la manipulation des carcasses. Un cuisinier malade l'excrète 38 jours en moyenne. La fiche Campylobacter et volaille : éviter la contamination croisée détaille les postes.
Le staphylocoque doré arrive souvent par la personne qui cuisine : porteur sain, plaie mal protégée. S'il contamine un aliment manipulé après cuisson resté à température ambiante, il y laisse une toxine que la chaleur ne détruit pas. Voir la fiche sur le staphylocoque doré dans les aliments.
D'après l'Anses, Bacillus cereus est depuis plusieurs années la principale cause bactérienne de TIAC en France, avec environ un quart des cas recensés. Ses spores survivent à la cuisson du riz ou des pâtes, puis germent si le plat tiédit. La fiche pour refroidir le riz cuit et les féculents donne la méthode.
L'Anses présente Clostridium perfringens comme un agent de toxi-infections « principalement observées en restauration collective ». C'est la bactérie des sauces et des viandes cuisinées en grande quantité la veille. Sa parade : refroidir vite, réchauffer vite. Lire la fiche Clostridium perfringens : plats en sauce et refroidissement.
Le mot désigne une famille de bactéries, où l'Anses classe les salmonelles et E. coli. Le règlement (CE) n° 2073/2005 rappelle qu'elle compte aussi des espèces sans risque et qu'elle sert à la surveillance de routine, avant de rechercher des pathogènes précis. La fiche entérobactéries : lire un résultat d'analyse explique quoi faire.
Au moins deux malades aux troubles semblables, avec une même origine alimentaire : Santé publique France parle de toxi-infection alimentaire collective, à déclaration obligatoire. La fiche TIAC au restaurant : déclaration, plats témoins et enquête décrit la conduite à tenir.

L'arrêté du 21 décembre 2009 fixe des repères chiffrés. Il vise le commerce de détail, catégorie dans laquelle le règlement (CE) n° 178/2002 range les restaurants, mais son annexe IV ne concerne que la restauration collective.
| Étape ou denrée | Repère fixé par l'arrêté | Établissements visés |
|---|---|---|
| Préparations élaborées à l'avance, au froid | +3 °C au plus | Tous (annexe I) |
| Viandes hachées | +2 °C au plus | Tous (annexe I) |
| Viandes de volaille | +4 °C au plus | Tous (annexe I) |
| Plats servis ou livrés chauds | +63 °C au moins | Tous (annexe I) |
| Refroidissement rapide | Pas plus de 2 heures à cœur entre +63 °C et +10 °C, puis stockage entre 0 et +3 °C | Restauration collective (annexe IV) |
| Remise en température | Pas plus d'1 heure entre +10 °C et au moins +63 °C ; plat consommé le jour même | Restauration collective (annexe IV) |
| Plats froids sortis de l'enceinte réfrigérée | 2 heures au plus avant consommation, produit à +10 °C au plus | Restauration collective (annexe IV) |
| Plats témoins | 5 jours au moins entre 0 et +3 °C | Restauration collective (annexe IV) |
L'arrêté admet d'autres couples temps et température si une analyse des dangers validée le justifie. Pour un restaurant commercial, le règlement (CE) n° 852/2004 demande de réfrigérer « dès que possible » après la cuisson, sans chiffrer de délai ; l'Anses reprend pour Bacillus cereus le repère de deux heures entre 63 °C et 10 °C.

Suivez le trajet d'un aliment, de la réception au service : chaque étape a sa défaillance type.
Deux règles valent à chaque étape. Un salarié qui a la diarrhée ou une plaie infectée ne manipule pas les aliments et prévient son responsable ; les lésions de la peau sont couvertes, avec des gants adaptés. Le matériel est désinfecté avec rigueur : les staphylocoques adhèrent aux surfaces et les spores de Bacillus cereus forment des biofilms tenaces.
Chaque « non » désigne un point à corriger en priorité.

Son référentiel national couvre les principaux pathogènes d'origine alimentaire et les TIAC. Elle se suit en salle, sur 14 heures : voyez la formation à l'hygiène alimentaire. Pour les cantines et cuisines centrales, notre article sur l'HACCP en restauration collective reprend les règles de l'annexe IV.
En restauration commerciale, Santé publique France désigne d'abord les bactéries à toxines (Bacillus cereus, staphylocoque doré, Clostridium perfringens), impliquées dans 53 % des TIAC de 2024. Tous lieux confondus, la salmonelle est la plus souvent confirmée.
C'est un micro-organisme, ou sa toxine, capable de rendre un aliment dangereux. Le premier principe HACCP demande de l'identifier, avant de fixer où et comment on le maîtrise.
Non. Elle détruit la plupart des formes actives des bactéries, mais ni les spores de Bacillus cereus et de Clostridium perfringens, ni les toxines du staphylocoque doré. Un plat contaminé après cuisson, ou mal refroidi, reste dangereux.
Les directions départementales de la protection des populations (DDPP) font les contrôles officiels et, en cas de TIAC, l'enquête alimentaire ; l'agence régionale de santé enquête auprès des malades. Voir notre article sur le contrôle de l'hygiène alimentaire.
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