Staphylocoque doré et aliments : éviter l'intoxication en cuisine

Par Jean12 min de lecture

Le staphylocoque doré vit sur la peau et dans le nez de nombreuses personnes en bonne santé. En cuisine, il passe des mains aux aliments, se multiplie dans un plat resté tiède et y fabrique une toxine que la cuisson ne détruit pas. Cette page traite de l'intoxication alimentaire et des gestes qui l'évitent au restaurant. Une infection de la peau relève d'un médecin.

Cuisinière en charlotte tranchant un rôti cuit à la trancheuse dans une cuisine

Sommaire
  1. - Où vit le staphylocoque doré et comment arrive-t-il dans un plat ?

    1. - Quatre conditions pour une intoxication

  2. - Pourquoi la cuisson ne suffit pas contre la toxine

  3. - Quels aliments sont les plus exposés au staphylocoque doré ?

  4. - Quels symptômes, et en combien de temps ?

    1. - Ce que montrent les chiffres de Santé publique France

  5. - Les gestes en cuisine contre le staphylocoque doré

  6. - Un salarié a une plaie ou un panaris : que dit la règle ?

  7. - Ce que dit la réglementation

    1. - L'hygiène du personnel et les températures

    2. - Les critères microbiologiques

    3. - La formation et le plan de maîtrise sanitaire

  8. - Questions fréquentes

    1. - Comment attrape-t-on un staphylocoque par les aliments ?

    2. - Le staphylocoque doré résiste-t-il à la cuisson ?

    3. - Réchauffer un plat suspect le rend-il sûr ?

    4. - L'intoxication au staphylocoque est-elle contagieuse ?

    5. - Les gants suffisent-ils ?

  9. - Sources


L'essentiel

  • La maladie vient d'une toxine déjà présente dans l'aliment. Elle ne se transmet pas d'une personne à l'autre.
  • La contamination des aliments est le plus souvent d'origine humaine : mains, plaies, gouttelettes du nez et de la bouche.
  • La chaleur détruit la bactérie, pas sa toxine. Un plat chargé ne se rattrape pas en le réchauffant.
  • Les plats les plus exposés sont ceux que l'on manipule après cuisson : viandes cuites tranchées, salades composées, gâteaux à la crème.
  • Le froid et la rapidité protègent : l'Anses recommande de garder les aliments sous 6 °C et place la zone dangereuse entre +10 °C et +45 °C.

Où vit le staphylocoque doré et comment arrive-t-il dans un plat ?

Le staphylocoque doré est le nom courant de Staphylococcus aureus, une bactérie de forme ronde. Selon l'Anses, il vit sur la peau et les muqueuses de l'homme et des animaux à sang chaud. Beaucoup de personnes le portent sans être malades : de 20 à 55 % au niveau du nez, 10 % sur les mains et de 20 à 30 % au niveau intestinal.

On le retrouve aussi dans les cuisines, les réfrigérateurs et les ateliers de préparation, où il peut former des biofilms. Pour l'Anses, sa présence dans l'environnement vient vraisemblablement de l'homme ou des animaux.

La contamination d'un aliment est le plus souvent d'origine humaine. Elle passe par un contact direct ou indirect : squames de peau, plaies, gouttelettes venues du nez ou de la bouche. Elle peut aussi venir de l'animal, surtout par le lait d'un animal atteint de mammite. Le staphylocoque fait partie des bactéries d'une cuisine de restaurant, avec une particularité : il rend malade par sa toxine.

Quatre conditions pour une intoxication

L'Anses décrit quatre conditions réunies quand un aliment devient dangereux :

  • une source de staphylocoques producteurs de toxines, comme une matière première ou une personne porteuse ;
  • un moyen de passer à l'aliment, comme un outil de découpe souillé ou un mauvais geste ;
  • un aliment favorable à la croissance de la bactérie et à la production de toxine ;
  • une température favorable pendant le temps nécessaire à une forte multiplication.

Vous ne supprimerez pas les porteurs, puisqu'ils sont nombreux. Votre travail porte sur les deux dernières conditions et sur le passage vers l'aliment.

Cuisinier se lavant les mains et les poignets au savon à un lave-mains

Pourquoi la cuisson ne suffit pas contre la toxine

La bactérie est fragile à la chaleur : selon l'Anses, la pasteurisation la détruit. Ses entérotoxines se comportent autrement. Ce sont des protéines stables aux traitements thermiques appliqués d'habitude aux aliments. Même la stérilisation du lait, de type UHT, ne les dénature qu'en partie et laisse subsister un risque.

Pour l'Anses, une fois formées dans l'aliment, les entérotoxines ne peuvent pas être éliminées efficacement. Une cuisson tue les bactéries et laisse la toxine. Un plat oublié sur le passe puis réchauffé peut donc rendre malade alors qu'il ne contient plus de staphylocoque vivant.

La toxine apparaît quand la bactérie s'est beaucoup multipliée. Pour la majorité des souches, l'Anses associe sa production à une population de l'ordre de 100 000 bactéries par gramme. Tout se joue sur le temps et la température. Le tableau réunit les repères de l'Anses et les températures imposées par la réglementation.

RepèreValeurOrigine
Croissance du staphylocoqueDe 6 °C à 48 °C, optimum de 35 °C à 41 °CAnses, conditions de laboratoire
Production de toxineDe 10 °C à 45 °C, optimum de 34 °C à 40 °CAnses, conditions de laboratoire
Zone de température dangereuseDe +10 °C à +45 °C : tout passage doit être courtAnses, recommandations aux professionnels
Empêcher la multiplicationGarder l'aliment en dessous de 6 °CAnses, recommandations aux professionnels
Préparation culinaire élaborée à l'avance+3 °C au plusArrêté du 21 décembre 2009, annexe I
Plat livré chaud ou remis chaud au client+63 °C au moinsArrêté du 21 décembre 2009, annexe I
Refroidissement en restauration collectivePas plus de deux heures entre +63 °C et +10 °C à cœurArrêté du 21 décembre 2009, annexe IV

Les valeurs extrêmes de l'Anses ne s'observent que pour certaines souches. Les températures de l'arrêté sont des obligations, celles de l'Anses aident à comprendre le danger.

Pâtissier aux mains gantées garnissant des choux à la poche à douille

Quels aliments sont les plus exposés au staphylocoque doré ?

Le staphylocoque peut être isolé d'aliments très variés. L'Anses désigne d'abord les aliments recontaminés après une cuisson ou un autre traitement qui a éliminé la flore habituelle. Elle le résume ainsi : plus l'aliment est manipulé, plus le risque est élevé.

AlimentCe qui l'exposeLe geste qui protège
Viandes cuites tranchées (rôti, jambon, volaille)Découpe et portionnage après cuissonTrancheuse désinfectée, découpe au plus près du service, retour rapide au froid
Salades composées, y compris de riz ou de légumesMélange à la main d'ingrédients cuits et refroidisUstensiles plutôt que mains, ingrédients sortis du froid au dernier moment
Gâteaux à la crème, choux, entremetsGarnissage et décor à la main, crème qui attend sur le plan de travailPoche jetable ou désinfectée, petites quantités hors du froid
Plats cuisinés manipulés après cuissonMise en bacs, refroidissement lentRefroidissement rapide, stockage à +3 °C au plus, maintien à +63 °C au moins
Certains fromages et salaisons fermentéesAcidification lente pendant la fabricationFournisseurs suivis, respect des dates et des températures de conservation

L'Anses cite aussi des produits séchés, comme le lait en poudre, les pâtes ou les poissons séchés, quand la bactérie a pu se développer avant le séchage. Elle ajoute que les staphylocoques producteurs d'entérotoxines sont la première cause de toxi-infection alimentaire collective (TIAC) impliquant le lait et les produits laitiers. Pour le riz cuit à l'avance, une autre bactérie à toxine entre en jeu : voyez Bacillus cereus et le riz.

Quels symptômes, et en combien de temps ?

Les signes arrivent vite. L'Anses donne une incubation de 30 minutes à 8 heures, de 3 heures en moyenne. Le symptôme typique est une nausée suivie de vomissements incoercibles, « en fusées ». D'autres signes sont décrits : douleurs abdominales, diarrhée, vertiges, frissons, faiblesse générale. La fièvre, quand elle existe, reste modérée. Des vomissements brutaux quelques heures après un repas, avec peu ou pas de fièvre, orientent donc vers une toxine.

Selon l'Anses, les symptômes durent de 18 à 24 heures, la diarrhée et la faiblesse pouvant se prolonger un jour de plus. La maladie n'est pas contagieuse. L'incubation et la sévérité dépendent de la quantité de toxine avalée et de la sensibilité de chacun.

Ce que montrent les chiffres de Santé publique France

En 2024, Santé publique France a recensé 2 096 TIAC, dont 48 % liées à des repas en restaurant commercial. Le staphylocoque et les toxines émétiques de Bacillus cereus, celles qui font vomir, se ressemblent par leur délai et leurs signes. Quand les données ne permettent pas de les départager, ces TIAC sont classées ensemble, comme « agent toxinique d'incubation courte ». Cette catégorie était suspectée dans 574 TIAC, soit 39 % des TIAC dont l'agent était suspecté.

Pour ces agents à toxine, la preuve passe surtout par les aliments. En 2024, sur les 82 TIAC confirmées uniquement par des échantillons alimentaires, 59 l'étaient à des agents toxiniques : Staphylococcus aureus, Clostridium perfringens ou Bacillus cereus. Les restes des plats servis comptent donc beaucoup pour l'enquête. Beaucoup de cas ne sont jamais déclarés. En tenant compte de ces cas, Santé publique France estimait à 73 021 le nombre annuel d'intoxinations staphylococciques sur la période 2008-2013, chiffre repris par l'Anses.

Si un client se plaint de vomissements après son repas, invitez-le à consulter un médecin. Si plusieurs clients sont touchés, suivez les étapes de la fiche sur la TIAC au restaurant et gardez les restes. Pour les causes et les signes en général, voyez aussi l'intoxication alimentaire.

Doigt protégé par un pansement bleu sous un gant jetable, au-dessus d'une planche

Les gestes en cuisine contre le staphylocoque doré

Ces gestes reprennent les recommandations de l'Anses aux professionnels et les règles d'hygiène du règlement (CE) n° 852/2004.

  • Lavez-vous les mains avec soin à la prise de poste, après vous être mouché, après les toilettes, après avoir touché votre visage ou vos cheveux, et avant chaque dressage.
  • Portez une coiffe et, si votre analyse des dangers le prévoit, un masque bucco-nasal : l'Anses les range parmi les bonnes pratiques essentielles.
  • Couvrez toute plaie des mains d'un pansement étanche, puis d'un gant.
  • Touchez le moins possible les aliments cuits : pinces, spatules, cuillères de service, gants changés à chaque tâche.
  • Tranchez, garnissez et dressez au plus près du service, par petites quantités.
  • Remettez au froid dès la fin de la préparation. Une crème, une farce ou une salade n'attend pas sur le plan de travail.
  • Refroidissez vite les plats cuits à l'avance, en bacs peu profonds ou en cellule de refroidissement, puis conservez-les à +3 °C au plus. Le refroidissement rapide protège aussi de Clostridium perfringens.
  • Maintenez les plats chauds à +63 °C au moins jusqu'au service.
  • Ne comptez pas sur un réchauffage pour rattraper un plat resté tiède : la toxine resterait.
  • Nettoyez et désinfectez avec rigueur trancheuses, planches et poches à douille. L'Anses souligne la forte adhésion des staphylocoques aux surfaces. Ils restent sensibles aux désinfectants autorisés, à condition de respecter leur mode d'emploi.
  • Enregistrez les températures et les refroidissements comme le prévoit votre plan de maîtrise sanitaire.

Commis nettoyant à la brosse une trancheuse démontée en cuisine professionnelle

Un salarié a une plaie ou un panaris : que dit la règle ?

Selon le règlement (CE) n° 852/2004, une personne qui souffre de plaies infectées, d'infections ou de lésions de la peau, ou de diarrhée, ne doit pas être autorisée à manipuler les denrées ni à entrer dans une zone de manutention lorsqu'il existe un risque de contamination directe ou indirecte des aliments. Elle doit informer immédiatement l'exploitant de sa maladie ou de ses symptômes.

L'Anses précise comment réduire ce risque pour les lésions de la peau. La personne est écartée de la manipulation des aliments non emballés tant que ses lésions ne sont pas correctement couvertes, avec des gants adaptés. C'est au responsable d'apprécier le risque et de choisir le poste en attendant.

Faire dépister le staphylocoque chez vos salariés n'apporte rien. L'Anses juge ce dépistage inutile lors des visites médicales, parce que les porteurs sains sont nombreux et que le portage varie chez la plupart des personnes. La prévention repose sur les bonnes pratiques d'hygiène appliquées par tous.

Une tenue de cuisine propre, tablier et charlotte, posée sur un banc de vestiaire

Ce que dit la réglementation

L'hygiène du personnel et les températures

Le règlement (CE) n° 852/2004 impose un niveau élevé de propreté personnelle et des tenues adaptées et propres à toute personne qui travaille dans une zone de manutention des aliments. Il interdit de conserver les produits qui favorisent la reproduction de micro-organismes pathogènes ou la formation de toxines à des températures qui pourraient entraîner un risque pour la santé. La chaîne du froid ne doit pas être interrompue.

L'arrêté du 21 décembre 2009 fixe les températures de conservation, en restaurant comme en restauration collective. Pour la restauration collective, il ajoute la règle de refroidissement rapide, la conservation de plats témoins pendant au moins cinq jours entre 0 et +3 °C et le signalement sans délai des troubles inhabituels chez au moins deux consommateurs.

Les critères microbiologiques

Le règlement (CE) n° 2073/2005 fixe des seuils de staphylocoques à coagulase positive pour plusieurs fromages, le lait et le lactosérum en poudre, et les crustacés et mollusques cuits décortiqués. Quand plus de 100 000 ufc/g sont trouvés dans ces fromages ou poudres, le lot doit faire l'objet d'une recherche d'entérotoxines. Pour ces produits, le critère de sécurité est l'absence de détection d'entérotoxines dans 25 g. Les plats préparés en restaurant n'ont pas de seuil de ce type.

La formation et le plan de maîtrise sanitaire

Les restaurants traditionnels, les cafétérias et la restauration rapide doivent compter au moins une personne formée à l'hygiène alimentaire adaptée à leur activité (article D. 233-11 du code rural). L'obligation se remplit par la formation à l'hygiène alimentaire adaptée à la restauration commerciale, ou par trois ans d'expérience comme gestionnaire ou exploitant dans le secteur alimentaire (article L. 233-4). Les gestes de cette page trouvent leur place dans vos procédures fondées sur la méthode HACCP en cuisine.

Questions fréquentes

Comment attrape-t-on un staphylocoque par les aliments ?

On avale une toxine que la bactérie a déjà fabriquée dans l'aliment. L'Anses emploie le mot intoxination. Il faut qu'une personne ou une matière première ait apporté la bactérie, puis que le plat lui ait laissé le temps et la tiédeur nécessaires. Les infections de la peau à staphylocoque sont un autre sujet, qui relève d'un médecin.

Le staphylocoque doré résiste-t-il à la cuisson ?

La bactérie ne résiste pas : la pasteurisation peut la détruire. Ses entérotoxines, elles, restent stables aux cuissons habituelles. La prévention se joue donc avant, au froid et dans les gestes.

Réchauffer un plat suspect le rend-il sûr ?

Non. Le réchauffage tue les bactéries vivantes mais laisse les toxines déjà formées. Un plat manipulé puis laissé longtemps entre +10 °C et +45 °C ne se sert pas, même réchauffé.

L'intoxication au staphylocoque est-elle contagieuse ?

Non. Selon l'Anses, les entérotoxines ne se transmettent pas de personne à personne. Plusieurs malades après un même repas orientent donc vers ce repas.

Les gants suffisent-ils ?

Un gant isole une plaie couverte de l'aliment. Gardé d'une tâche à l'autre, il transporte les bactéries comme une main. Changez-le à chaque changement de tâche, et lavez-vous les mains avant d'en enfiler un nouveau.

Sources