Le staphylocoque doré vit sur la peau et dans le nez de nombreuses personnes en bonne santé. En cuisine, il passe des mains aux aliments, se multiplie dans un plat resté tiède et y fabrique une toxine que la cuisson ne détruit pas. Cette page traite de l'intoxication alimentaire et des gestes qui l'évitent au restaurant. Une infection de la peau relève d'un médecin.

L'essentiel
Le staphylocoque doré est le nom courant de Staphylococcus aureus, une bactérie de forme ronde. Selon l'Anses, il vit sur la peau et les muqueuses de l'homme et des animaux à sang chaud. Beaucoup de personnes le portent sans être malades : de 20 à 55 % au niveau du nez, 10 % sur les mains et de 20 à 30 % au niveau intestinal.
On le retrouve aussi dans les cuisines, les réfrigérateurs et les ateliers de préparation, où il peut former des biofilms. Pour l'Anses, sa présence dans l'environnement vient vraisemblablement de l'homme ou des animaux.
La contamination d'un aliment est le plus souvent d'origine humaine. Elle passe par un contact direct ou indirect : squames de peau, plaies, gouttelettes venues du nez ou de la bouche. Elle peut aussi venir de l'animal, surtout par le lait d'un animal atteint de mammite. Le staphylocoque fait partie des bactéries d'une cuisine de restaurant, avec une particularité : il rend malade par sa toxine.
L'Anses décrit quatre conditions réunies quand un aliment devient dangereux :
Vous ne supprimerez pas les porteurs, puisqu'ils sont nombreux. Votre travail porte sur les deux dernières conditions et sur le passage vers l'aliment.

La bactérie est fragile à la chaleur : selon l'Anses, la pasteurisation la détruit. Ses entérotoxines se comportent autrement. Ce sont des protéines stables aux traitements thermiques appliqués d'habitude aux aliments. Même la stérilisation du lait, de type UHT, ne les dénature qu'en partie et laisse subsister un risque.
Pour l'Anses, une fois formées dans l'aliment, les entérotoxines ne peuvent pas être éliminées efficacement. Une cuisson tue les bactéries et laisse la toxine. Un plat oublié sur le passe puis réchauffé peut donc rendre malade alors qu'il ne contient plus de staphylocoque vivant.
La toxine apparaît quand la bactérie s'est beaucoup multipliée. Pour la majorité des souches, l'Anses associe sa production à une population de l'ordre de 100 000 bactéries par gramme. Tout se joue sur le temps et la température. Le tableau réunit les repères de l'Anses et les températures imposées par la réglementation.
| Repère | Valeur | Origine |
|---|---|---|
| Croissance du staphylocoque | De 6 °C à 48 °C, optimum de 35 °C à 41 °C | Anses, conditions de laboratoire |
| Production de toxine | De 10 °C à 45 °C, optimum de 34 °C à 40 °C | Anses, conditions de laboratoire |
| Zone de température dangereuse | De +10 °C à +45 °C : tout passage doit être court | Anses, recommandations aux professionnels |
| Empêcher la multiplication | Garder l'aliment en dessous de 6 °C | Anses, recommandations aux professionnels |
| Préparation culinaire élaborée à l'avance | +3 °C au plus | Arrêté du 21 décembre 2009, annexe I |
| Plat livré chaud ou remis chaud au client | +63 °C au moins | Arrêté du 21 décembre 2009, annexe I |
| Refroidissement en restauration collective | Pas plus de deux heures entre +63 °C et +10 °C à cœur | Arrêté du 21 décembre 2009, annexe IV |
Les valeurs extrêmes de l'Anses ne s'observent que pour certaines souches. Les températures de l'arrêté sont des obligations, celles de l'Anses aident à comprendre le danger.

Le staphylocoque peut être isolé d'aliments très variés. L'Anses désigne d'abord les aliments recontaminés après une cuisson ou un autre traitement qui a éliminé la flore habituelle. Elle le résume ainsi : plus l'aliment est manipulé, plus le risque est élevé.
| Aliment | Ce qui l'expose | Le geste qui protège |
|---|---|---|
| Viandes cuites tranchées (rôti, jambon, volaille) | Découpe et portionnage après cuisson | Trancheuse désinfectée, découpe au plus près du service, retour rapide au froid |
| Salades composées, y compris de riz ou de légumes | Mélange à la main d'ingrédients cuits et refroidis | Ustensiles plutôt que mains, ingrédients sortis du froid au dernier moment |
| Gâteaux à la crème, choux, entremets | Garnissage et décor à la main, crème qui attend sur le plan de travail | Poche jetable ou désinfectée, petites quantités hors du froid |
| Plats cuisinés manipulés après cuisson | Mise en bacs, refroidissement lent | Refroidissement rapide, stockage à +3 °C au plus, maintien à +63 °C au moins |
| Certains fromages et salaisons fermentées | Acidification lente pendant la fabrication | Fournisseurs suivis, respect des dates et des températures de conservation |
L'Anses cite aussi des produits séchés, comme le lait en poudre, les pâtes ou les poissons séchés, quand la bactérie a pu se développer avant le séchage. Elle ajoute que les staphylocoques producteurs d'entérotoxines sont la première cause de toxi-infection alimentaire collective (TIAC) impliquant le lait et les produits laitiers. Pour le riz cuit à l'avance, une autre bactérie à toxine entre en jeu : voyez Bacillus cereus et le riz.
Les signes arrivent vite. L'Anses donne une incubation de 30 minutes à 8 heures, de 3 heures en moyenne. Le symptôme typique est une nausée suivie de vomissements incoercibles, « en fusées ». D'autres signes sont décrits : douleurs abdominales, diarrhée, vertiges, frissons, faiblesse générale. La fièvre, quand elle existe, reste modérée. Des vomissements brutaux quelques heures après un repas, avec peu ou pas de fièvre, orientent donc vers une toxine.
Selon l'Anses, les symptômes durent de 18 à 24 heures, la diarrhée et la faiblesse pouvant se prolonger un jour de plus. La maladie n'est pas contagieuse. L'incubation et la sévérité dépendent de la quantité de toxine avalée et de la sensibilité de chacun.
En 2024, Santé publique France a recensé 2 096 TIAC, dont 48 % liées à des repas en restaurant commercial. Le staphylocoque et les toxines émétiques de Bacillus cereus, celles qui font vomir, se ressemblent par leur délai et leurs signes. Quand les données ne permettent pas de les départager, ces TIAC sont classées ensemble, comme « agent toxinique d'incubation courte ». Cette catégorie était suspectée dans 574 TIAC, soit 39 % des TIAC dont l'agent était suspecté.
Pour ces agents à toxine, la preuve passe surtout par les aliments. En 2024, sur les 82 TIAC confirmées uniquement par des échantillons alimentaires, 59 l'étaient à des agents toxiniques : Staphylococcus aureus, Clostridium perfringens ou Bacillus cereus. Les restes des plats servis comptent donc beaucoup pour l'enquête. Beaucoup de cas ne sont jamais déclarés. En tenant compte de ces cas, Santé publique France estimait à 73 021 le nombre annuel d'intoxinations staphylococciques sur la période 2008-2013, chiffre repris par l'Anses.
Si un client se plaint de vomissements après son repas, invitez-le à consulter un médecin. Si plusieurs clients sont touchés, suivez les étapes de la fiche sur la TIAC au restaurant et gardez les restes. Pour les causes et les signes en général, voyez aussi l'intoxication alimentaire.

Ces gestes reprennent les recommandations de l'Anses aux professionnels et les règles d'hygiène du règlement (CE) n° 852/2004.

Selon le règlement (CE) n° 852/2004, une personne qui souffre de plaies infectées, d'infections ou de lésions de la peau, ou de diarrhée, ne doit pas être autorisée à manipuler les denrées ni à entrer dans une zone de manutention lorsqu'il existe un risque de contamination directe ou indirecte des aliments. Elle doit informer immédiatement l'exploitant de sa maladie ou de ses symptômes.
L'Anses précise comment réduire ce risque pour les lésions de la peau. La personne est écartée de la manipulation des aliments non emballés tant que ses lésions ne sont pas correctement couvertes, avec des gants adaptés. C'est au responsable d'apprécier le risque et de choisir le poste en attendant.
Faire dépister le staphylocoque chez vos salariés n'apporte rien. L'Anses juge ce dépistage inutile lors des visites médicales, parce que les porteurs sains sont nombreux et que le portage varie chez la plupart des personnes. La prévention repose sur les bonnes pratiques d'hygiène appliquées par tous.

Le règlement (CE) n° 852/2004 impose un niveau élevé de propreté personnelle et des tenues adaptées et propres à toute personne qui travaille dans une zone de manutention des aliments. Il interdit de conserver les produits qui favorisent la reproduction de micro-organismes pathogènes ou la formation de toxines à des températures qui pourraient entraîner un risque pour la santé. La chaîne du froid ne doit pas être interrompue.
L'arrêté du 21 décembre 2009 fixe les températures de conservation, en restaurant comme en restauration collective. Pour la restauration collective, il ajoute la règle de refroidissement rapide, la conservation de plats témoins pendant au moins cinq jours entre 0 et +3 °C et le signalement sans délai des troubles inhabituels chez au moins deux consommateurs.
Le règlement (CE) n° 2073/2005 fixe des seuils de staphylocoques à coagulase positive pour plusieurs fromages, le lait et le lactosérum en poudre, et les crustacés et mollusques cuits décortiqués. Quand plus de 100 000 ufc/g sont trouvés dans ces fromages ou poudres, le lot doit faire l'objet d'une recherche d'entérotoxines. Pour ces produits, le critère de sécurité est l'absence de détection d'entérotoxines dans 25 g. Les plats préparés en restaurant n'ont pas de seuil de ce type.
Les restaurants traditionnels, les cafétérias et la restauration rapide doivent compter au moins une personne formée à l'hygiène alimentaire adaptée à leur activité (article D. 233-11 du code rural). L'obligation se remplit par la formation à l'hygiène alimentaire adaptée à la restauration commerciale, ou par trois ans d'expérience comme gestionnaire ou exploitant dans le secteur alimentaire (article L. 233-4). Les gestes de cette page trouvent leur place dans vos procédures fondées sur la méthode HACCP en cuisine.
On avale une toxine que la bactérie a déjà fabriquée dans l'aliment. L'Anses emploie le mot intoxination. Il faut qu'une personne ou une matière première ait apporté la bactérie, puis que le plat lui ait laissé le temps et la tiédeur nécessaires. Les infections de la peau à staphylocoque sont un autre sujet, qui relève d'un médecin.
La bactérie ne résiste pas : la pasteurisation peut la détruire. Ses entérotoxines, elles, restent stables aux cuissons habituelles. La prévention se joue donc avant, au froid et dans les gestes.
Non. Le réchauffage tue les bactéries vivantes mais laisse les toxines déjà formées. Un plat manipulé puis laissé longtemps entre +10 °C et +45 °C ne se sert pas, même réchauffé.
Non. Selon l'Anses, les entérotoxines ne se transmettent pas de personne à personne. Plusieurs malades après un même repas orientent donc vers ce repas.
Un gant isole une plaie couverte de l'aliment. Gardé d'une tâche à l'autre, il transporte les bactéries comme une main. Changez-le à chaque changement de tâche, et lavez-vous les mains avant d'en enfiler un nouveau.
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